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Dimanche 13 mai 2007

Love solution

Aime et fais ce que tu veux

Si notre volonté est transformée dans l’amour, si nous aimons dans tout ce que nous entreprenons ici-bas, l’activité elle-même n’a que peu d’importance en soi. Notre agir devient le véhicule de l’amour, le vecteur, le support sur lequel l’amour s’ancre dans l’existence, la réalité concrète. L’amour est la solution. Le pouvoir créateur est amour. La création est le fruit, l’effet de l’amour, le résultat du don  Love creation. Love solution. Pour notre temps comme pour tous temps, l’amour est LA solution. Il n’en existe pas d’autre, tout le reste est artifice, tromperie. La dualité, ce combat à l’intérieur de chacun d’entre nous est le lieu d’où naissent le bien et le mal. Au-delà de la dualité, il y a l’unité merveilleuse, l’Amour qui unit tout, l’universel qui contient tout, insère tout. Renoncer à choisir bien et le mal, le relatif c’est « choisir » l’absolu, l’Un, l’amour. Renoncer à son pouvoir égotique limité dans son essence c’est « choisir » l’infini de l’amour spirituel. Rien n’a de sens, toute valeur est aboli dès lors qu’on ne possède pas l’amour. Posséder l’amour, vivre l’amour, vivre en « amourie », cette terre pure. Etincelle divine, jaillissement de lumière, foyer de joie. Parousie de l’harmonie.

 

 

Seigneur ouvre la porte

Seigneur découvre-moi

Seigneur donne-moi la clé

Seigneur fait-moi libre à nouveau

Seigneur purifie-moi

Seigneur rend-moi pauvre en esprit

Seigneur éclaire-moi

Intérieur, Ô intérieur !

Profondeur, Ô profondeur !

Si loin et si intime, si superficiel, si Un

Seigneur libère-moi de cette auto-aliénation

Nous sommes le miracle

Le miracle c’est l’être, que je, que tu, que vous, que nous sommes.

Le miracle c’est l’amour, toujours l’amour, puissance qui libère, qui vivifie, qui voit

Paix ! Paix ! L’esprit, le corps, en paix, en harmonie, chantent la gloire de l’Eternel

La vie qui ne finit pas, qui ne commence pas, sans pourquoi, don dont nous sommes à jamais débiteurs insolvables. Pour cela, rendons la gloire à Dieu

Aimer

Aimer

Aimer

Aimer

Combattre le dragon et trouver le repos éternel dans la maison du Seigneur, la Vérité

Appelons le Seigneur, prions le Seigneur.

Attirons le seigneur : vertu de l’humilité et des larmes

Voyons toute cette violence qui nous habite, violence multiforme, déguisée sous des costumes d’une beauté toute terrestre, sensible, apparente. Mais derrière le masque du bien-sur-soi se cache une réalité ténébreuse, source de notre vulnérabilité, c’est la colère, la violence, la « haine », cette puissance du mal qui nous ronge et nous consume. Regardons attentivement notre cœur rendu semblable à la pierre, dur et froid, notre cœur plein de violence mesquine, notre cœur dominé, asservi par notre ego, privé de sa liberté, de sa paix divine. Rejoignons le Seigneur qui nous attend au « très fond » de nous, en ce lieu secret où tout est révélé, où tout est accompli – sans temps, dans le silence.

Aimer

Aimer

Aimer

Aimer

Love is the solution

Perdre toute volonté, c’est déchirer l’emballage et garder l’étincelle, regarder dans l’innocence du premier matin le monde illuminé, jaillissant dans l’éternelle nouveauté du sans pourquoi. Ô gloire éternelle, garde-moi de sombrer dans l’obscure Babylone. Développons notre embryon d’immortalité. Rejetons toute cette violence si prégnante, toute cette haine qui plonge ses racines jusque dans notre cœur, et par-là qui détruit notre être, qui masque la lumière éternelle. Notre âme aliénée par notre violence (notre, car nous sommes les principales victimes de notre propre violence ; la violence que le exprimer par notre être-au-monde agi en tout premier lieu sur nous-mêmes, sur notre âme qui devient sèche et terne) et chute chaque jour vers la déchéance et la mort. Rafraîchissons notre esprit, vivifions notre âme, allumons la lumière, réchauffons notre cœur. Tout l’homme, l’homme total, nos pas une de ses soi-disant parties (car l’homme n’a pas de partie, il n’est pas un composé corps-esprit, il n’a pas de puissances, de facultés distinctes ; l’homme est fondamentalement et essentiellement un Tout sans partie, une totalité indivisible ; l’homme ne peut-être divisé, et c’est une illusion que nous créons par notre ignorance, fruit de notre confusion que cette division) qui participe de ce renouveau, de cette vivification, de ce rafraîchissement, de ce réchauffement. La totalité de l’homme est appelé âme car l’âme flux à travers toutes les « parties » du composé humain, c’est le principe de cohésion, homéostatique, c’est l’âme qui nous maintient à l’existence, et notre âme court à la mort. Nettoyons notre intérieur jonché de tous ces détritus, de tous ces rebus à demi consommés et qui nous encombrent et nous constituent. Pour ne plus être constitué en un moi égotique mais engendré en esprit spirituel, donnons-nous sans condition, totalement et sans pourquoi, laissons-nous guider par l’Esprit, écoutons le « très-fond », la profondeur sans fond, la porte étroite qui nous relie à l’Universel, au Tout, le point de retournement où tout s’accompli en un instant qui fait du présent un être nouveau dans l’éternité.

Aime

Aime

Aime

Aime

L’amour est la voie, la solution, la vie, la joie, l’alpha et l’oméga

Tout commence et tout fini dans l’amour.

Ô amour, puissance et beauté. Tout est transformé dans l’amour, tout se trouve donné à nouveau dans l’amour. Amour rend toute chose neuve et fraîche. Ô ardent amour qui libère de la violence, de la chute et du péché d’être né. En venant à l’existence, nous nous sommes irrémédiablement détaché de Dieu, nous nous sommes attaché au monde et, dès lors, nous nous sommes séparés, divisés, emprisonnés et asservis. Nous servons notre ego, nous obéissons à notre ego, à la matière, à toutes ces choses futiles, extérieures, vaniteuses car toutes ces choses comblent notre vide, notre néant. Dieu, présence absolue, plénitude de l’instant est amour. Servir Dieu – plutôt que notre ego, ou ceci ou cela – c’est aimer. Aimer c’est faire la volonté de Dieu, où plutôt la Volonté de dieu. En lui, nous sommes libres de toutes ces choses futiles, nous sommes comblés des merveilles divines qui remplissent notre être et illuminent notre esprit. Seulement, il faut renoncer, choisir de renoncer – c’est là notre pouvoir, notre libre-arbitre – à toutes ces choses que Maître Eckhart appelle la créature. Renoncer à la créature, à l’être-créé c’est vivre dans l’esprit de Dieu, dans l’océan de l’être. Ne plus avoir de volonté propre c’est être pauvre en esprit. Sans volonté propre, nous aimons, nous sommes Un, nous agissons sans pourquoi, nous nous donnons totalement, complètement dans tout ce que nous faisons, dans tout ce que nous sommes, nous délivrant ainsi de notre fardeau, de notre propre joug ; nous sommes retournés dans l’Esprit divin, nous avons rejoint la source qui jamais ne tarie, l’origine d’où jaillit l’amour, d’où sourd la vie sans jamais s’épuiser. Le don divin ne connaît pas de fin – car il ne connaît pas de commencement.

Ame

Aime

Aime

Aime

L’amour, oui, l’amour, amour, amour, rien qu’amour, seulement amour, tout l’amour, tout amour, pour l’amour. Pourquoi aimes-tu ? Pour l’amour. L’amour est sans pourquoi.

par Jahman publié dans : Amour
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Dimanche 13 mai 2007

SOMMAIRE :

  1. L’homme
  2. Le réel
  3. La communication / relation
  4. L’amour

 

 

 

 

Intro :

 

« Sortir » d’une existence diabolique, ou plutôt d’une non-existence duelle aveuglée par la connaissance de la vérité (langage), notre deuxième nature, revient à une pure négation, qui n’est pas un mal, mais un acte positif et une preuve de courage sans précédent (peut-être quelques génies authentiques tel un Jésus (qui demeure encore la meilleure figuration d’un idéal irréaliste et pourtant incroyablement nécessaire).

 

L’homme :

 

En niant la totalité en peut permettre à soi d’entrer dans la vie, de sortir des conditions ontologiques, de déchaîner notre conscience, de libérer notre être du temps. L’indétermination, l’inconditionné, l’indépendance vient de l’esprit, le seul outil que l’on possède mais, malheureusement, dont on ne sait pas se servir correctement. Car on a depuis le « début » fabriqué des outils/machines, artificialisé des conditions, par facilité. On préfère faire semblant de vivre en s’auto-hallucinant dans un rêve infernal et destructeur des potentialités. L’homme n’est pas – encore – il vit par procuration et artificialisarion rêveuse et diabolique, ténébreuse. Il ne vit pas, n’agit pas mais permet à ses machines, ses médias, ses intermédiaires, ses créations, ses objets, de vivre à sa place. L’homme n’existe que part des moyens externes ; sans tous ses artifices il n’aurait pu survivre à la vie – pure/vraie. En « choisissant » cette voies il s’est exclu de la vie (unité, amour, totalité) pour mieux s’enfermer dans la complaisance facile de la dualité qui tra nsmet une auto-satisfaction, un semblant de vie, de réel, de vérité. Par les mots, le langage et l’esprit, l’homme se sent vivre, par ses créations il s’est placé dans un confort (léthargique) de sens et de connaissance. Par là, il a irrémédiablement brisé le lien qui l’unissait à la vie, à Dieu. L’homme s’automatise dans ses créations, il est créateur de ses propres projections, il donne la possibilité à tout un tas / fatras d’entités abstraites (idées, pensées) et concrètes (objets matériels) d’exister, il est un transformateur de la matière/énergie. Il n’a pas compris, vu que seul lui-même est possible de création, seul lui est a créer / recréer. Seul lui est a transformer, à créer, à signifier, à connaître. Tout est en lui, et lui s’amuse, se distrait dans les fioritures, les simulacres de son esprit/conscience. La puissance créatrice émane de son ascendance divine/essentielle, de son âme et permet son exercice sur lui-même, et non pas – comme il l’a toujours fait – sur l’autre virtuel. Seule son identité foncière, première, véritable (pas son moi superficiel) constitue l’espace, le substrat, la matière de ses forces de création, ses pouvoirs de transformation et de connaissance. C’est lui, la réalité à créer, recréer, transformer.

 

Le réel :

 

Le réel n’est pas extérieur mais intérieur, projection…..inachevée, temporelle. L’esprit est le temps ; le temps est la force suprême non pas à combattre, vaincre mais à aimer, associer, incorporer ; le temps est notre allié, c’est l’énergie de l’esprit qui est l’unique détermination qui lui permette d’exister dans son monde. L’irréalité extérieure est rationnelle (projection, illusion), la réalité intérieure est irrationnelle (Dieu)

 

La communication / relation :

 

La communication entre deux plans, deux dimensions de la réalité duelle, dia-bolique présente, ne peut s’établir que dans le silence. Le bruit intérieur, la dialogue (dualité) brouille la fréquence de « radio divine ». Entre l’ipséité et l’altrité, la communication véritable se réalise dans la fusion, communion, unification des contraires, dans l’absence totale, le silence, le désert, le vide, le néant qui laisse place à l’attention, à l’écoute, au sentir, à la vision. La communication se réalise dans l’inconnu, hors des cadres conceptuels, des structures du langage, des catégories, des significations. Nous ne sommes pas nous-mêmes lorsque l’on donne un sens au choses, lorsque l’on met un nom sur une chose. Car toute chose réelle est bien plus qu’un nom qui clot le champ des représentations possibles. L’infini est inaccessible à la raison, au langage. La communication n’est possible que dans l’absence de soi ; la relation qui uni est seule capable de donner une identité toujours ouverte sur un horizon infini, indéfini. Aimer, désirer est la seule Vérité. Et ce n’est pas là un subjectivisme (ni un rationalisme) mais une expression du mystère, de l’inneffable. Hors des cadres, des barrières de la conscience / raison / parole se trouve l’infini, l’absolu, le néant d’où l’on procède.

 

L’amour :

 

L’amour seule vérité, seule raison de vivre, de continuer dans la certitude de la vivre. Si l’on n’est plus très sûr de vivre dans la réalité, de vivre une existence réelle c’est que l’on est devenu incapable d’éprouver la moindre palpitation, d’aimer et de se sentir aimer, on ne sait plus donner ni recevoir, on a perdu le sens de la vie. On est dans la certitude, la vérité que lorsqu’on est en vie. L’amoureux est seul l’unique qui est dans la vie, la vérité. Pour lui, tout est clair et distinct, tout est évident (Descartes s’en retourne dans son néant) dans l’amour. Sans amour on ne peut vivre, on ne peut croire, on ne peut être dans la certitude. Dans l’amour le temps est l’éternité de l’instant présent qui seul compte, qui est la seule réalité, l’unique vérité qui ait de la valeur, du sens. L’amour est le seul désir, d’où procède tous les autres « désirs », d’où dérivent les envies, les intentions, les actes et les pensées. Sans lui, tout est perdu. Mais, il n’y a pas de manuel explicatif qui nous instruise comment aimer, comment connaître l’amour, comment est amoureux, comment exister / vivre sur le mode de vie amoureux. Le mode de vie amoureux est tout, le reste n’est que chimère et illusion, attente, patience ennuyeuse, recherche vaine et désespérante. La seule connaissance véritable, l’unique vérité à connaître est celle de l’amour. Et ce n’est pas une connaissance, une vérité d’ordre subjectif, encore moins d’ordre rationnel, car quand on aime, lorsqu’on est en amour on est en Dieu, on n’existe plus par procuration idéalisante mais l’on vit dans le réel / présent / totalité-Un, dans l’unité. L’énergie de l’amour est seule capable de donner, de transmettre la vie et le désir de vivre. Les cellules en nombre incalculable qui sont le substrat premier de la vie ne se multiplie, ne se reproduise, ne se dédouble, ne se regénère que par cette force, ce désir, cette puissance qu’est l’amour. Il n’y a pas d’autre mot pour expliquer ce phénomène universel. L’amour est le principe de vie, qui relie et unit tout les êtres vivants. Et, malheureusement, toutes les productions, toutes les créations de l’homme sont mortes, ou plutôt ne sont pas mues par l’amour, ne sont pas douées de vie. Elle ne sont ni mortes ni vivantes, elles n’ont de réalité que pour lui, elles sont lui, mais sans cette énergie amoureuse.

 

L’homme possède cette énergie mais n’en pas conscience.

Désastre.

par Jahman publié dans : principe de vie
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Dimanche 13 mai 2007

Cris de haines et d’amours

 

Se battre, s’acharner, se déchaîner, combattre le système pour s’accepter, non pour se faire accepter. L’être, oh le mystère merveilleux que voilà !

Shoota Babylone, telle est la formule assassine. Putain de société névrosée et névrosante. Elle place ses putains de barrières, ses putains de limites. Putain de raison qui dicte sa loi, qui fait sa loi esclavante. Libérons le verbe. Ah ! L’artisticisme ! Création qui libère. Quelle verbe sans verve !

 

Haine et amour, bien et mal, quel rapport ? Qui pourra recracher ce fruit pourri de la connaissance, celui qui nous a voué à la mort ? Quel malheur connaît-on par cette connaissance ! Libérons-nous de la connaissance qui nous voile le mystère insondable, le divin mystère lové au cœur de l’être le plus intime, le plus propre. Défaisons-nous de notre vielle peau. Voici venu l’heure de la mu, pour que le serpent malveillant, symbole satanesque, devienne Ourobos, symbole de vie, etc.

 

Réalité, réalité quand tu m’attires. Haine et amour de la réalité, tout ça mêlé !

Tout prendre ensemble, tout comprendre, tout inclure dans le Tout : bien et mal, amours et haines, etc.

 

Galope, galope !

 

Affirmer sa volonté !

Fin de la mystique

Fin de la sagesse même, qui n’a même pas eut le temps de voir jour

Passons au simple bien-être, je dis : bien-être, non pas bien-avoir, donc pas de bien-être matérialiste, expression qui n’existe même pas ! Non-sens, turpide intellectuliste. Et vogue l’idée ! Ah ! Ces intellectuels, quelle bande de cons !

 

 

Cri de haine ! Cri de colère. Crier sa haine ! Crier sa colère. Exprime-expulse ta haine ! Exprime-expulse ta colère. Thérapie « génique », purificatrice, du superficiel ego à l’être le plus profond, la gène le plus caché.

 

Le monde est maya, illusion. C’est le mouvement qui crée l’illusion, plus précisément le mouvement de la conscience, l’agir de la conscience qui crée l’illusion par son mouvement, trouble optique, déformation de la Vérité (des Idées platoniciennes). Ben alors quoi ?! Créons de l’illusion agissons-nous (non pas agitons-nous). Agir voilà la soluce ! Faire des mouvements (non pas des mouvements « inutiles », dispersion désordonnée, essoufflement, etc.), activer son corps et son esprit et, joyeusement, créons de l’illusion. La création est libératrice, la création est révélatrice. C’est par l’illusion du mouvement que se révèle la vérité immobile ; c’est par le devenir que se révèle l’éternité, et pas autrement. N’écoute que toi ! « Ecoute que toi », c’est s’écouter sur les deux versants / aspects : écouter le bavardage incessant qui doit cesser, s’écouter débiter des conneries (versant négatif) et écouter la parole intérieure, son être le plus intime (versant positif). L’écoute se fait au deux niveaux : superficiel et profond. L’écouter du superficiel pour purifier et entrer en profondeur (pratique, agir) et écouter la profondeur pour être soi-même Un-Dieu (théorie, contemplation). Toujours le deux. Quand le deux devient Un. C’est l’accomplissement suprême, le commencement-achèvement tout-un, en Un, l’Un qui n’a pas de nom, le principe au-delà de l’être qui ne s’énonce pas, source de l’être indicible, inaudible, innommable, ineffable, merveilleuse.

par Jahman publié dans : cahier.spirituel
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Samedi 19 août 2006

Intravit Jesus in templum et coepit

eicere vendentes et ementes. Matthaei.

Maître Eckhart, comme pour l'ensemble de ses sermons, fonde son discours sur l'interprétation exégétique de la Bible. Il est question ici de la parabole sur les marchands qui viennent s'installer dans le Temple pour leurs affaires.

Nous lisons dans le saint évangile que Notre Seigneur entra dans le temple et jeta dehors ceux qui là achetaient et vendaient, et dit aux autres qui là avaient tourterelles et choses semblables à vendre : « Enlevez-moi ça, débarrassez-moi ça ! »

Afin d'édifier son auditoire sur la façon de mener son existence conformément à la volonté divine, Maître Eckhart se sert du langage imagé des paraboles en transposant des scènes de la vie quotidienne, extérieure, matérielle, sur le plan spirituel de la vie intérieure, du rapport de l'âme à Dieu. C'est une façon rhétorique de faire comprendre à un public pas forcément cultivé des réalités profondes, du domaine de la Vérité, bien éloigné des préoccupations quotidiennes.

« Notre Seigneur », le Christ historique et le temple représentent respectivement de manière symbolique Dieu et l'âme. Or, comme le dit Maître Eckhart, Dieu veut le temple vide pour lui tout seul ; rien d'autre que Dieu seul doit se trouver dans l'âme humaine, pour la raison que Dieu a créé l'âme sur un plan d'égalité à lui-même. Ceci est très important dans la doctrine eckhartienne : l'égalité est une notion majeure qui revient constamment chez Eckhart, mais à des degrés divers de compréhension.

Ce temple où Dieu veut régner puissamment selon sa volonté, c'est l'âme de l'homme, qu'il a formée et créée si exactement égale à lui-même.

Donc, une des thèses fondamentales d'Eckhart est que Dieu a créé l'âme égale à lui-même. Si l'âme et Dieu sont égaux, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit toujours d'une « égalité discontinue » dans le sens où l'âme est créée par Dieu. L'âme est égale à Dieu en tant qu'âme créée. Il nous faut donc descendre d'un degré pour retrouver, à l'échelle de la création, l'égalité. Ainsi, d'emblée, Eckhart rappelle la grandeur et la noblesse de l'âme humaine, sa différence à l'égard des autres créatures et, en quelque sorte, la chance et le privilège des hommes. Toutefois, il incombe aux homme de garder leur âme vide de tout le créé, c'est-à-dire de faire taire en eux les pensées et préoccupations quotidiennes :

C'est pourquoi Dieu veut avoir ce temple vide, en sorte qu'il n'y ait là rien de plus que lui seul.

Ce qui est important, concernant l'édification de l'auditoire, c'est que Dieu veut une âme vide. Cette notion de vide est aussi prépondérante dans la mystique eckhartienne, comme pour un grand nombre de mystiques d'ailleurs. Rien de créé doit venir s'interposer entre l'âme et Dieu.

Maître Eckhart poursuit en montrant l'actualité des faits bibliques ; ce qui a pour objectif de concerner l'auditeur, d'intéresser le public. Ce que l'on peut lire dans le Livre saint est toujours d'actualité et peut-être davantage encore aujourd'hui qu'à l'époque où les faits se sont passés. C'est du moins ce qui permet à l'orateur d'intéresser l'auditeur. Celui-ci doit se sentir personnellement concerné par ce qu'il dit. Le discours touche chacun d'entre nous ; il ne s'agit pas d'un discours théorique et abstrait, ou encore d'une histoire mettant en scène des personnages décédés ou fictifs. Bien au contraire, il s'agit de chacun d'entre nous. Maître Eckhart s'adresse à la subjectivité individuelle [2] , à la personne ; il parle de ce qui se passe actuellement, au présent, de choses qui se passent continuellement, et dont il faut prendre conscience. C'est là la finalité principale du sermon : prendre conscience de la réalité intérieure. Et c'est pour cela qu'il insiste sur le fait de faire attention à ce qu'il dit :

Or donc, prêtez attention maintenant ! Qui étaient les gens qui là achetaient et vendaient, et qui sont-ils encore ? Maintenant prêtez-moi grande attention !

L'interprétation d'Eckhart se focalise ensuite sur les marchands qui représentent les ténèbres, l'ignorance. En effet, l'ignorance est à l'origine de la manière dont on agit, tournée vers le moi. Les ignorants agissent avec leur volonté personnelle, de manière intéressée, avec l'espoir d'obtenir quelque chose en retour. Maître Eckhart dénonce cette attitude égocentrique qui nous porte à croire que l'on œuvre pour les autres alors même que c'est toujours pour soi-même que l'on agit. Ainsi, les bonnes œuvres, les signes de dévotion extérieure, le jeûne et les « attitudes de prière » sont des œuvres qui ont pour objectif d'apporter quelque chose pour soi . Ce qui pourrait être acceptable pour la vie matérielle (se nourrir pour vivre, faire du feu pour se chauffer, travailler pour améliorer son quotidien, etc.) devient complètement caduc en ce qui concerne la vie spirituelle. Ici Maître Eckhart oppose deux attitudes : l'une intéressée, égocentrique, avide et l'autre désintéressée, gratuite, détachée, libre :

Ils [les marchands] les font [les bonnes œuvres] cependant pour que Notre Seigneur leur donne quelque chose en retour, ou pour que Dieu leur fasse en retour quelque chose qui leur soit agréable.

A moins qu'il [Dieu] ne veuille le faire gratuitement de bon gré.

Pour fonder l'idée selon laquelle Dieu n'accorde pas d'attention aux œuvres extérieures, même bonnes, Maître Eckhart invoque une différence ontologique entre l'âme et Dieu :

Car ce qu'ils [les gens] sont ils le sont de par Dieu et ce qu'ils ont ils l'ont de par Dieu, et non par eux-mêmes

C'est cette différence, ce rapport de créature à Créateur, qui fait que l'homme doit agir de manière désintéressée et détachée, gratuitement, sans volonté personnelle. C'est ce qu'on appelle l'abaliété de l'homme et l'aséité de Dieu : l'homme tient son être – et à plus forte raison son avoir – d'un autre, en l'occurrence de Dieu, tandis que Dieu tiens son être de lui-même. C'est ici que se situe la transcendance.

Maître Eckhart atteint le point essentiel de son sermon : le dessein de se conformer à Dieu. L'âme doit devenir semblable à Dieu, elle doit œuvrer comme Dieu œuvre et donc s'unir à lui.

Dieu ne cherche pas ce qui est sien ; dans toutes ses œuvres il est dépris et libre et les opère par juste amour. Ainsi aussi fait cet homme qui est uni à Dieu ; il se tient lui aussi dépris et libre dans toutes ses œuvres, et les opère seulement pour honorer Dieu, et ne recherche pas ce qui est sien, et Dieu l'opère en lui.

On est passé sur un plan plus « mystique » du discours. Maître Eckhart explique à son auditoire ce qu'il entend par « détachement » ou « délaissement », le fait d'être dépris de tout ce qui est créé, de toutes nos œuvres et d'être constamment en Dieu, de vivre et d'agir non pas pour soi-même, ni même pour Dieu, mais comme Dieu. C'est la doctrine de l'abandon de la volonté personnelle : il faut cesser de chercher à avoir plus, à obtenir davantage, au final, agir sans désir, sans pourquoi, sans vouloir. On est ici au cœur de la doctrine mystique d'Eckhart, qui, à bien des égards, ressemble au wu wei [3] des taoïstes. Maître Eckhart n'est pas un homme de contemplation, mais, bien au contraire, un homme d'action. C'est dans la vie active que l'on peut vivre uni à Dieu et pas seulement dans de rares moments d'extase. La vie contemplative n'est pas forcément « mauvaise » mais peut se révéler fort dangereuse pour celui qui n'est pas dirigé par un « maître spirituel » et ainsi être source d'illusions plutôt que de révélations. Pour être plus précis, Eckhart est l'homme de la contemplation dans la vie active. Il s'agit d'œuvrer spirituellement, c'est-à-dire viser Dieu seul , dans chacun de nos actes. C'est là le sommet de toute pratique mystique :

Voyez, l'homme qui ne vise ni soi ni rien que seulement Dieu et l'honneur de Dieu, il est véritablement libre et dépris de tout mercantilisme dans toutes ses œuvres et ne cherche pas ce qui est sien, tout comme Dieu est dépris dans toutes ses œuvres et libre et ne recherche pas ce qui est sien.

En résumé, il faut être « libre et dépris » et ne pas agir pour soi-même, en ce qui nous est propre, mais de manière détachée et désintéressée, pour « l'honneur de Dieu ». Tout son sermon vise à inciter l'auditoire à l'ascèse purificatrice qui, si elle est pratiquée avec persévérance et patience, doit décanter l'âme de tout le créé et ainsi permettre la naissance de Dieu dans l'âme. Cette ascèse, cette purification par le détachement initie une transformation radicale de l'âme, un renouvellement de tout l'être : du vieil homme au nouvel homme, de l'être-créé à l'être-incréé.

L'homme doit œuvrer avec liberté et détachement et non avec un quelconque intérêt pour le moi, le temps et la multiplicité. Il s'agit des principaux obstacles à la naissance de Dieu dans l'âme.

Ce n'est pas mauvais et pourtant cela dresse des obstacles à la vérité limpide. […] Dans ces œuvres ils connaissent un obstacle à la vérité suprême selon laquelle ils devraient être libres et dépris, tout comme Notre Seigneur Jésus Christ est libre et dépris.

Toutes les œuvres, quel que soit leur degré de moralité, sont un attachement pour l'âme lorsqu'elle sont réalisées avec intérêt pour le moi, avec un regard tourné vers les choses extérieures, temporelles. Outre cette formule, « dépris et libre », Maître Eckhart aborde un point important de sa doctrine, à savoir la réceptivité. L'homme doit être réceptif à Dieu et se tenir prêt à le recevoir. C'est là toute l'utilité du détachement : permettre à l'homme d'être réceptif, ouvert, vide, vierge, limpide, sans pourquoi, sans entraves, sans avant et sans après.

C'est ainsi que devrait se tenir l'homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les œuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l'engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ.

L'âme libérée de toutes les affaires temporelles, devient semblable à Dieu du fait de son égalité. Et Maître Eckhart d'insister une fois encore sur la création de l'homme à l'image de Dieu. Se souci d'égalité place l'homme au-dessus de toute les autres créatures et lui confère une dignité dont il n'a pas conscience. Dans ses sermons, Maître Eckhart revient régulièrement sur la dignité humaine issue de l'égalité de l'âme à Dieu. Dans le procès créatif, l'âme garde son égalité mais, en tant que partie créée, elle se détourne de son origine incréée, de la déité. C'est donc par un retour, une conversion, une remontée de l'âme à Dieu que s'effectue le détachement d'avec le créé. L'âme se tourne vers Dieu incréé et retourne à son origine éternelle. Ces deux moments de la procession / conversion, ou plutôt création / retour ou naissance, sont en réalité un seul et unique instant éternel, hors du temps. L'âme n'a pas été créée dans le temps, dans un passé historique, mais est continuellement créée ici et maintenant. De même, le retour de l'âme est éternel, la naissance de Dieu dans l'âme ne s'arrête jamais. C'est seulement que l'homme n'en a pas conscience tout préoccupé qu'il est par les créatures, le moi, le temps et la multiplicité.

Suit un passage magnifique mais difficile à comprendre car il a trait au néant qui, chez Maître Eckhart, peut revêtir plusieurs significations. Il ne s'agit nullement d'une pulsion morbide, d'un nihilisme quelconque, ni même de quelque chose de négatif. Le néant est ici quelque chose d'éminemment positif, au-delà de la dualité positif / négatif car c'est par lui que l'âme et Dieu se rejoignent. Le néant est le passage obligé de la transcendance.

Lorsque l'âme parvient à la lumière sans mélange, elle se précipite dans son néant de néant, si loin de quelque chose créé, dans ce néant de néant, qu'elle n'est aucunement en mesure de revenir, de par sa force, dans son quelque chose créé. Et Dieu, par son caractère-incréé, soutient son néant de néant et maintient l'âme dans son quelque chose de quelque chose. L'âme a couru le risque d'en venir au néant et ne peut non plus par elle-même atteindre à elle-même, si loin de soi elle est allée, et [cela] avant que Dieu ne l'ait soutenue.

On voit bien ici que l'âme tient son être de Dieu, mais c'est uniquement lorsqu'elle en vient au néant que l'âme assume pleinement son abaliété. Assumer en toute conscience que, à chaque instant, notre être nous est donné par Dieu, et non pas une fois pour toute à la naissance ou dans une hypothétique création passée et achevée. La création est continuée et l'être humain est sans cesse un être donné par surabondance ontologique de Dieu qui est l'Etre. Courir le risque du néant c'est assumer son statut d'être créé, mais c'est aussi vivre pleinement par l'être de Dieu. C'est par l'être incréé de Dieu que l'âme demeure dans l'existence. En définitive, seul Dieu supporte notre être-créé, seul Dieu supporte la créature et la création. Nous nous infligeons des épreuves inutiles en nous préoccupant constamment des affaires du monde et de nous-mêmes. Le souci de soi n'existe pas chez Eckhart car, loin d'être un avantage, il nous maintien séparé de Dieu, il nous détourne [4] de la volonté de Dieu. Renoncer à son être-créé, son être de créature, c'est s'ouvrir à la déité, à l'être de l'Etre, à l'essence de Dieu.

La doctrine d'Eckhart est sans faille, et il le dit : « Il faut de nécessité qu'il en soit ainsi ». Ce n'est pas tant sur la foi ou la croyance qu'il fonde son discours et sa mystique mais plutôt sur la nécessité logique, sur l'intellect. C'est en ce sens que l'on parle volontiers de « mystique spéculative », bien éloignée des sentiments, de l'amour, des passions, des sensations. La compréhension du mystère de Dieu gouverne la mystique. La nécessité logique contrecarre toute contradiction fondée sur la croyance, les présupposés, les opinions, et finalement sur l'ignorance et les ténèbres.

Mais Jésus doit-il discourir dans l'âme, alors il faut qu'elle soit seule et il faut qu'elle-même se taise, si elle doit entendre Jésus discourir. Ah, il entre alors et commence à parler. Que dit le Seigneur Jésus ? Il dit ce qu'il est. Qu'est-il donc ? Il est une Parole du Père. Dans cette même Parole le Père se dit soi-même et toute la nature divine et toute ce que Dieu est, tel aussi qu'il la connaît [= la Parole], et il la connaît telle qu'elle est […] En disant la Parole, il se dit et [dit] toutes choses dans une autre Personne, et lui donne la même nature qu'il a lui-même, et dit dans la même Parole tous les esprits doués d'intellect, égaux à cette même Parole selon l'image, en tant qu'elle demeure à l'intérieur.

Pour que survienne la naissance de Dieu dans l'âme, cette dernière doit devenir silence. Ce n'est que lorsque l'âme est libre et déprise, silencieuse, seule, sans pensée ni préoccupation, que Dieu se révèle à elle. La révélation divine est une parole car Dieu est en premier lieu le Verbe. La parole de Dieu dit Dieu, ce qu'il est et par là, elle dit toute chose. Dieu imprime ce qu'il est, «  transmet » son être incréé par cette parole, dans le silence. Par l'expression « et lui donne [à l'âme] la même nature qu'il a lui-même [la déité], Maître Eckhart entend ce que l'on appelle « la naissance  de Dieu dans l'âme », naissance (conversion) qui s'effectue en retour de l'engendrement éternel du Fils (procession). Cette naissance mystique est à la fois théologique et ontologique. C'est en même temps le Verbe qui se révèle dans la Parole de Dieu et la nature même de Dieu, sa déité qui, par et dans cette Parole est transmise à l'âme attentive et disponible, ouverte et réceptive. En définitive, le seul travail de l'âme est de se rendre disponible, d'être à l'écoute. C'est pour cela qu'elle doit demeurer vierge et pure, pour être seule avec Dieu. Car, comme nous l'avons dit, Dieu ne se « manifeste » qu'à l'âme seule, libre et déprise, qu'à l'âme en tant qu'elle est égale à Dieu, c'est-à-dire hors du temps, du nombre, du moi, et des créatures.

Plus précisément, c'est le Fils qui dit la Parole du Père dans l'âme de l'homme réceptif :

Le Père dit la Parole et dit dans la Parole et non autrement, et Jésus dit dans l'âme. Le mode de son dire, c'est qu'il se révèle soi-même et tout ce que le Père a dit dans lui, selon le mode où l'esprit est réceptif.

L'âme reçoit la Parole du Père par l'intermédiaire du Fils. C'est là un point important de la doctrine d'Eckhart car il montre que le Thuringien ne sort pas de la théologie trinitaire qui fait de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le passage obligé, l'intermédiaire nécessaire à la révélation du Verbe de Dieu. C'est Dieu en tant que Fils – et non en tant que Père – qui dit la Parole divine dans l'âme humaine. L'homme doit donc passer par Jésus pour atteindre Dieu le Père. Plus, c'est lorsque les trois Personnes Père, Fils et Esprit ne forme plus qu'une seule et unique Personne que Dieu en tant que Dieu Un et indicible se révèle et divinise l'âme humaine à tel point que l'homme vit à présent dans la partie incréée de son âme.

Quand l'esprit reçoit cette puissance dans le Fils et par le Fils, il devient puissant dans toute sorte de progrès, en sorte qu'il devient égal et puissant dans toutes vertus et dans toute limpidité parfaite, de telle manière que félicité ni souffrance ni rien de ce que Dieu a créé dans le temps ne peut troubler cet homme.

Tout ce qui est relatif au temps ne peut venir entraver la naissance de Dieu dans l'âme dès lors que cette dernière est unie au Fils, s'est placée dans le Fils, s'est remise tout entière dans le Fils. L'âme de l'homme dépouillée de sa partie créée et la présence de Dieu en tant que Fils n'ont plus de différence. C'est là un message capital de Maître Eckhart : l'actualisation du Fils dans l'histoire. La mort et la résurrection du Christ ne sont pas uniquement des faits historiques pour Eckhart. La résurrection du Christ prouve qu'il est vivant éternellement, c'est-à-dire qu'il est présent dans la vie éternelle. La notion de vie éternelle, peu étudiée, est pourtant capitale chez Eckhart. Car c'est de cette vie éternelle que l'homme vit lorsqu'il s'unit à Dieu par le truchement du Fils. Le Fils vit éternellement dans l'âme humaine et c'est lui qui divinise l'esprit, c'est lui qui est la lumière et la sagesse. En cela l'expérience mystique définit par Eckhart est avant tout une expérience chrétienne, bien davantage qu'une expérience plotinienne ou platonicienne.

La lumière et la sagesse sont révélées par le Fils. La présence du Fils ne fait, en quelque sorte que révéler – au sens fort – la seigneurie du Père. C'est la mission de Jésus : dire à l'âme combien est puissant et aimant son Père. La fonction du Fils, dans la théologie trinitaire d'Eckhart, est de transmettre la Parole de Dieu, de dire le Verbe c'est-à-dire ce qu'Eckhart appelle « la seigneurie », toutes les puissances, toute la grandeur, toute la lumière du divin. Cette seigneurie peut prendre la forme de l'amour, de la connaissance ou de différents « pouvoirs ». La puissance divine se manifeste sous de multiples aspects lorsque l'âme humaine et la présence du Fils ne font plus qu'un, lorsque l'homme s'est suffisamment dépouillé de sa nature créée – et chez Eckhart, « suffisamment » prend le sens d'absolument, radicalement, totalement. La mystique ne fait pas de concession, elle se situe hors de tout relativisme : Dieu n'accepte que l'âme seule. Le Seul ne parle qu'au seul.

La naissance de Dieu dans l'âme peut donc revêtir la forme de la connaissance, de la sagesse, de la lumière, de la vérité. Jésus révèle dans l'âme la sagesse : non pas qu'il apporte avec lui des connaissances angéliques, mais il est lui-même la sagesse, tout comme il est amour, être, vie, etc. De sorte que lorsque l'âme et le Fils sont unis, le Père peut s'unir à son tour au Fils. On voit bien le rôle essentiel que joue Jésus, le Fils de Dieu. Dieu en tant que Personne paternelle ne se manifeste, ne se communique jamais directement à l'âme humaine, même détachée. Le Père vient dire la Parole à son Fils et c'est parce que le Fils est uni à l'âme que cette dernière peut être réceptive et participer en retour pleinement à la vie du Verbe divin. La sagesse révélée par Jésus à l'âme permet en effet, de connaître le Père ; car l'intellect de l'homme ne peut par lui-même connaître Dieu. Ce n'est que la sagesse de Dieu qui permet de connaître se dernier. De sorte que c'est Dieu qui se connaît lui-même par lui-même : Le Fils connaît son Père par l'Esprit. L'âme de l'homme, par l'intermédiaire de Jésus, vient participer entièrement à cette vie trinitaire. Toutefois, pour pouvoir entrer dans la vie divine, l'homme doit passer par le néant de la créature. Car la créature n'est néant que pour l'être créé. C'est le créé qui devient néant. Et se néant se révèle être l'être de l'Etre, l'essence de Dieu, la déité, l'Un au-delà de toute relation, de toute dualité. L'homme dépouillée de sa nature créée, s'unit au Fils qui lui transmet la Parole, parole qui contient toute la seigneurie du Père, toute la lumière et la connaissance, toute la sagesse par laquelle l'homme peut, en retour, et en tant qu'il est uni au Fils, connaître le Père, le Fils et l'Esprit, les Trois en tant qu'Un, une seule et même Personne. Ce mystère révélé divinise l'homme à ce point que Maître Eckhart peut affirmer :

Alors c'est Dieu avec Dieu qui se trouve connu dans l'âme ; alors elle connaît avec cette sagesse soi-même et toute chose, et cette même sagesse elle la connaît avec lui-même, et c'est avec la même sagesse qu'elle connaît la seigneurie paternelle, sa puissance génératrice féconde, et l'étantité essentielle selon la simple unicité sans aucune différence.

Encore une fois, la notion de vie apparaît capitale dans la doctrine eckhartienne. Il ne s'agit pas seulement d'être et d'intellect, mais avant tout, et de façon primordiale et fondamentale, de vie. On le voit à l'expression « sa puissance génératrice féconde » qui signifie à la fois l'engendrement éternel du Fils, hors de toute temporalité, dans l'histoire même, dans l'âme humaine, à l'intérieur de la vie temporelle. Cet engendrement éternel est de l'ordre du procès créatif. Mais cette expression signifie aussi la surabondance qui permet le retour, la conversion, la naissance de Dieu dans l'âme, sa fécondité, son inépuisabilité. Plotin n'est pas loin. En effet, pour lui « la procession est éternelle et nécessaire. Les êtres n'ont pas été engendrés à un moment donné : qu'ils soient engendrés signifie, dans le langage plotinien, il le furent et le seront de toute éternité. » [5]

Enfin, troisième mode de révélation de la Parole :

Jésus se révèle aussi avec une douceur et richesse incommensurables qui sourd de la force de l'Esprit Saint et sourd avec surabondance et flue avec pleine richesse et douceur en flux surabondant dans tous les cœurs réceptifs.

Outre l'être et l'intellect, c'est le cœur, à savoir la volonté, qui est mis à contribution ici. Outre la lumière de l'être, la sagesse de l'esprit, c'est ici la douceur et la richesse du cœur qui intéressent Eckhart. Quelque soit le mode de la révélation, c'est toujours le même principe de fonctionnement qui le gouverne. Les modalités changent mais la loi est identique. L'homme est un composé : être, intellect et volonté. L'âme, ce qui meut l'homme, se décline sous trois aspects : une vie ontologie, une vie spirituelle ou intellectuelle, et une vie émotionnelle ou sentimentale. C'est dans cette dernière déclinaison que l'on perçoit le mieux le vocabulaire « vitaliste » d'Eckhart. En effet, la divinisation de l'âme sous son aspect émotionnel ou sentimental demande l'usage d'un registre beaucoup plus proche du vivant, de l'émotion et du corps que pour l'être ou l'intellect. Les métaphores et les images plus parlantes et concrètes seront donc plus nombreuses. Ainsi, les termes tels que le cœur, la douceur, la richesse, sourdre, s'écouler, surabondance, jaillissement ou flux renvoient tous à l'idée de vie. Mais il s'agit de la vie de Dieu [6] , de la déité même et non pas de la vie corporelle, animale et instinctive. Il s'agit de la vie éternelle ; ce qu'à mon sens Eckhart appelle la déité. La déité ou l'essence de Dieu est la vie éternelle et rien d'autre, c'est-à-dire la puissance absolue, intarissable, inépuisable, de l'Un [7] . Ce qui était figé en une substance par le langage ontologique, devient mouvant, fluant, bouillonnant même dit Eckhart, par le langage « vitaliste ». L'Un plotinien devient la déité chez Eckhart car pour Plotin il n'y a pas de Personne divine mais un Principe impersonnel alors que chez Eckhart, le christianisme apporte une dimension religieuse qui n'existait pas chez Plotin. L'extase plotinienne est une expérience philosophique issue d'une ascèse rigoureuse. L'expérience mystique d'Eckhart est issue de la grâce divine, mais est également conditionnée par le détachement qui contraint Dieu à naître dans l'âme. Maître Eckhart rend logiquement – et philosophiquement – nécessaire ce qui théologiquement ne relevait que de la foi et de la croyance au dogme, à la révélation biblique.

Pour qu'aussi Jésus doive nécessairement venir en nous et jeter dehors  et enlever tous obstacles et nous fasse un comme il est un, un Dieu avec le Père et avec l'Esprit Saint, pour que donc nous devenions et demeurions éternellement un avec lui, qu'à cela Dieu nous aide. Amen.

Si l'expérience mystique est avant tout religieuse, Maître Eckhart y adjoint une causalité qui ressort autant de la religion chrétienne que de la philosophie néoplatonicienne. C'est ce qui fait toute l'originalité mais surtout toute la force du discours du maître.

 

Nicolas Beaufils.


[1] Sauf précision contraire, toutes les citations du sermon n°1 sont issues de la traduction faite par G. JARCZYK et P.-J. LABARIERRE , L'étincelle de l'âme. Sermons I à XXX , Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », pp.31-40.

[2] Pour peu que l'on puisse parler de « sujet » et d'« individu » au 14 e siècle.

[3] Non-agir ou « agir sans agir ».

[4] Dans le sens de Heidegger. Le detournement de l'être et les modes d'être inauthentiques.

[5] Vocabulaire de Plotin , éd. Ellipses.

[6] Au sermon n°6, Eckhart précise ce qu'il entend par vie : « Qu'est-ce que la vie ? L'être de Dieu est ma vie. Mais si l'être de Dieu est ma vie, ce qui est à Dieu doit être à moi, et l'étantité de Dieu, doit être mon étantité, ni plus ni moins ». Eckhart, Traités et sermons , trad. ALAIN DE LIBERA , Paris, GF Flammarion, p.261.

[7] Au sermon n°6, Eckhart peut dire « Sans cesse le Père engendre son Fils et je dis plus encore : il m'engendre en tant que son fils, le même fils. Et je dis plus encore : non seulement il m'engendre en tant que son fils, mais Il m'engendre en tant que Lui-même et Il s'engendre en tant que moi-même et moi en tant que son être et sa nature. Dans la source la plus intime je sourds en l'Esprit Saint ; là il y a une seule vie, un seul être, une seule opération ! ». Eckhart, Traités et sermons , trad. ALAIN DE LIBERA , Paris, GF Flammarion, p.262. Cette longue citation nous montre la simultanéité de l'opération d'engendrement et de naissance, de Dieu dans l'âme et de l'âme en Dieu. Simultanéité et réciprocité sont le fait non pas du Père mais de la déité, de l'Un, c'est-à-dire de la vie qui bouillonne à la source originelle. La puissance fécondatrice du Père correspond à la vie éternelle, ou plus exactement à l'engendrement éternel du Fils dans l'âme et à la naissance de l'âme en Dieu. Par là, Dieu s'actualise dans l'âme et le temps et l'âme unie  Fils revêt une « vie en tant qu'être », c'est-à-dire la vie éternelle ou déité.

par Jahman publié dans : principe de vie
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Jeudi 27 avril 2006

LA MYSTIQUE, UN MATERIALISME RADICAL

On taxe souvent la mystique de spiritualisme, d’idéalisme, de subjectivisme, de piétisme ou encore de pathologie névrotique. Mais, les études sérieuses sur la mystique l’envisage toujours comme un aspect de la culture, comme une création humaine, un mode d’appréhension de la réalité déterminée par les affects et la culture. Pourquoi ne pas envisager la mystique comme une science, l’étudier d’un point de vue logique, scientifique.

 

La mystique est un matérialisme radical. Voici la thèse que l’on propose de défendre. Pour cela nous partirons de présupposés « scientifiques », matérialistes, physiques.

 

Si on regarde la matière inanimée, nous constatons qu’elle s’organise selon des lois physiques, celles de l’univers. Les forces d’attraction, de gravitation et autres conditionnent la matière. Ainsi, les éléments physiques les plus simples – ainsi les particules – et même composés – ainsi l’atome – tombent sous l’emprise de ces forces et sont totalement régis par elles. La matière s’organisent selon des lois bien établies, même s’il existe un indéterminé, un angle mort, un hasard, un incalculable, un imprévisible. A l’inverse la matière vivante possède un moteur interne[1] qui lui permet d’agir, bien que cette capacité à l’action soit plus ou moins limitée, encadrée. Plus on s’élève dans l’ordre du vivant vers un maximum de complexité connu avec l’humain, plus cette capacité à l’action est libre, autonome. Ainsi la matière animée, vivante, gagne en liberté par rapport à la matière inanimée, morte. La capacité à l’action, à la réaction surtout, va de paire avec la liberté, l’autonomie. Bien que le choix soit plus ou moins conditionné par un ensemble de facteurs (par exemple le milieu), il existe néanmoins. La vie, la matière en tant qu’elle est animée, se détache de plus en plus, selon son degré de complexité (d’évolution), des lois physiques, mathématiques qui régissent l’univers. Ainsi l’homme se détache de la nature en « créant » la culture. Bien que simplifiée, je pense que cette explication n’en est pas moins valide. La matière vivante gagne en capacité d’action, en possibilité d’évolution et d’organisation (de mode d’être et d’agir), en autonomie, en liberté et, finalement, en volonté personnelle.

 

Or, c’est justement cette volonté personnelle que la mystique tient à rendre identique à la volonté de Dieu, autrement dit aux lois de la physique, à l’ordre de l’univers. Selon nous, donc, la mystique se fixe pour objectif de rendre l’homme identique à une pierre, de faire que la matière vivante, avec toutes ses capacités d’action, ses possibilités d’autonomie, de liberté et de volonté, se conforme à la matière morte, inanimée, à la « matière pure ». Gardant ses capacités et possibilités, l’homme, en tant que matière vivante la plus complexe – c’est-à-dire la plus volitive, puissante, autonome, libre – est appelé à ne pas s’en servir, à ne pas en user afin de ne pas dévier de l’ordre universel, de ne pas s’opposer aux lois de la physique. Et cette soumission à l’ordre et aux lois de l’univers n’est pas un refus d’émancipation, d’autonomie, de liberté, etc. La mystique ne désire pas faire de l’homme un animal soumis à ses instincts et à ses besoins les plus bas (selon qu’on l’envisage du point de vue culturel). Bien au contraire, ce renoncement à ses possibilités, à ses capacités, à son pouvoir et à sa volonté donne à l’homme la Possibilité, la Capacité, le Pouvoir, la Volonté, la Liberté suprême, celle de Dieu, car ainsi l’homme est Un… avec Dieu. L’homme est l’Univers[2] ; l’homme est la Matière pure. La mystique se propose de redonner à l’homme son intimité originelle, lui qui s’est séparé, par toutes ses capacités et possibilités et puissances, de l’ordre fondamental. En délaissant tout cela, l’homme retourne au plus près de l’ordre cosmique, des lois physiques, des éléments les plus simples de la matière, dans l’intimité originelle ; l’homme retourne au fondement de l’univers, au commencement de la création, dans cet instant unique et éternel dans lequel Dieu créa en un seul acte l’univers. Car l’homme s’extériorise, s’éloigne, se sépare toujours davantage des fondements de l’univers, du cœur de la matière là même où la mystique lui propose de s’intérioriser, de s’unifier, de retourner à l’origine…de la matière, de l’univers.

 

Ainsi, la mystique nous apparaît comme un matérialisme radical. De plus, loin d’être un idéalisme, il nous semble qu’elle est un réalisme – ou plutôt un réelisme – car tout son discours consiste à exhorter l’individu à se détacher de ses illusions, à se dépouiller de ce qu’il n’est pas pour qu’ainsi se révèle d’elle-même la Présence du Réel, la plénitude de l’être, la substance même de l’univers, la création en son origine atemporelle. Dit autrement, la mystique renvoie à l’instant d’avant le Big Bang, là même où la connaissance scientifique peine à atteindre les premiers commencements après le Big Bang (car cette connaissance est toute extérieure, « objective »). Là où la connaissance scientifique demeure emprisonnée dans le temps, la mystique s’en libère et se porte au-delà du temps et de l’espace, dans le Réel-Un sans rien d’ajouter de subjectif ni d’objectif. Bref, la mystique, c’est la voie qui permet le passage du relatif à l’Absolu, de l’idéalisme au réelisme.

 

Pris en son sens « ontologique », logique, la matérialisme réeliste de la mystique peut se permettre une critique de tous les autres pseudo-matérialismes : matérialisme cognitif de l’état central, de l’identité, etc. car ces études matérialistes s’élaborent à partir de présupposés d’ordre culturel. La véritable connaissance scientifique exige un retour sur soi et une ascèse cognitive : on ne pense pas les premiers principes comme on pense avec sa raison pratique, dialectique, synthétique, discursive. Ainsi la connaissance mystique ne cherche pas à trouver la vérité sur un objet quelconque ou à comprendre tel ou tel phénomène ; elle n’est pas extérieure et objective (ou subjective) mais se transforme elle-même, se purifie de tous ses modes, s’absente de son pouvoir, de sa capacité (discursive, réflexive), de sa puissance et ainsi se trouve placée d’emblée au cœur même du Réel, de la Vérité. Cette connaissance qui n’opère pas, qui n’agit pas, qui ne passe pas à l’acte, qui demeure inactive retourne ainsi à son principe illimité, éternel car Absolu-Un là même où la connaissance intellectuelle, la connaissance en acte est toujours limitée, finie, car relative et séparée, divisée d’avec le Tout-Un.



[1] Sur le plan ontologique, mais elle a également un « œil » sur le plan épistémologique.

[2] Ou plutôt, l’homme et Dieu, l’homme et l’univers n’existent plus : « il n’y a » plus que l’Un (au-delà de l’être.)

par Jahman publié dans : mystique
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