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Dimanche 19 février 2006

BIBLIOGRAPHIE

 

 

  1. Dictionnaires

 

Encyclopedia Universalis

 

Dictionnaire de la philosophie, Thématique Larousse

Dictionnaire de la mystique, Brepols

Encyclopédie des Mystiques, 4 vol., M.-M. Davy (ss la dir. de), Payot, rééd. 1996

 

 

  1. Œuvres

 

Anonyme, Le nuage d’inconnaissance

 

Anonyme, L’imitation de Jésus-Christ

 

ECKHART, Traités et sermons, introduction M. de Gandillac, Paris, Aubier/Montaigne, coll. « Philosophie de l’esprit », 1942

ECKHART, Du miracle de l’âme, Calmann-Levy, coll. « Sagesses de vie »

JEAN DE LA CROIX, Poésie, GF (719)

LAO-TSEU, Tao-Tö King, trad. Ma Kou, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes »

TCHOUANG-TSEU, Le rêve du papillon, trad. J.-J. Lafitte, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 2002

 

 

  1. Etudes

 

BARUZI, J., L’intelligence mystique, Berg International, 1985

BARUZI, J., Saint Jean de la Croix et le problème de l’expérience mystique, Alcan, 1921

BASTIDE, R., Les problèmes de la vie mystique, Puf, coll. « Quadrige », 1996

BAUDART, A., Socrate et Jésus, Ed. Le Pommier – Fayard

BEYER DE RYKE, Maître Eckhart, une mystique du détachement, Ed. OUSIA

BORCHERT, B., La mystique, Paris, Ed. du Félin, 1998

BORDET, L., Religion et mysticisme

BRETON, S., Deux mystiques de l’excès : J.-. SURIN et Maître ECKHART, Cerf, 1985

BURKERT, W., Les cultes à mystères dans l’Antiquité, Les Belles Lettres, 1987

CERTEAU, M. De, La Fable mystique, Paris, Gallimard, 1982

CHALIER C., L’Inspiration du philosophe, l’amour de la sagesse et sa source prophétique

CHENG, A., Histoire de la pensée chinoise, Seuil, 1997

ELIADE, M., Briser le toit de la maison, la créativité et ses symboles, Gallimard, coll. « Les Essais », CCXXIX, 1986

ELIADE, M., Méphistophélès et l’androgyne, Gallimard, coll. « Idées », 1962

ELIADE, M., Patanjali et le yoga, Seuil, coll. « Maîtres spirituels » n°27

ELIADE, M., Techniques du yoga, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1975

GARDET, L. et LACOMBE, O., L’expérience du soi, Etude de mystique comparée, Desclée de Brouwer, 1981

GOUILLARD, J. (trad., présentation), Petite philocalie de la prière du cœur, Seuil, coll. « Points Sagesses », 1979

GUIGNET, M.-T., Mystique et nature, Desclée de Brouwer, 1939

HADOT, P., Plotin ou la simplicité du regard, Gallimard, coll. « Folio/Essais »

HADOT, P., Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Gallimard, coll. « Folio/Essais », 1995

HULIN, M., La mystique sauvage, aux antipodes de l’esprit, Puf, coll. « Perspectives critiques », 1993

HUXLEY, A., Les portes de la perception, Ed. Du Rocher, coll. « 10/18 », rééd. 1999

JAMES, W., L’expérience religieuse, essai de psychologie descriptive, Alcan, 1906

JARCZYK G. et LABARRIERE P.-J., Le vocabulaire de Maître Eckhart, Ed. Ellipses

JARCZYK et LABARRIERE, Maître Eckhart ou l’empreinte du désert, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 1995

LACARRIERE, J., Les gnostiques, Ed. Métailié, 1991

LIBERA, A. de, Eckhart, Traités et sermons, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1993

LIBERA, A. de, La mystique rhénane, d’Albert le Grand à Maître Eckhart, Paris, Seuil, coll. « Points Sagesse », 1994

LIBERA, A. de, Maître Eckhart et la mystique rhénane, Paris, Cerf, coll. « Initiations au Moyen Age », 1999

LOSSKY, V., Théologie négative et connaissance de Dieu chez Maître Eckhart, Paris, Vrin, coll. « Etudes de philosophie médiévale », rééd. 1973

MARISSEL, A., La nouvelle poésie mystique, n°54 de la revue Poésie 1, juillet-août 1978

MASPERO, H., Le Taoïsme et les religions chinoises, Gallimard, 1971

MESLIN, M., L’expérience humaine du divin, Cerf, 1988

MISRAHI, M., Lumière, commencement, liberté, Seuil, coll. « Points Essais »

MOURRE, M., Les religions et les philosophies d’Asie, Paris, La Table Ronde

OECHSLIN, L., L’intuition mystique de sainte Thérèse, Puf, 1946

OTTO, R., Mystique d’Orient et mystique d’Occident, distinction et unité, Payot, 1996

PELLE-DOUËL, Y., Saint Jean de la Croix et la nuit mystique, Paris, Seuil, 1982

PENNA, A., Le mysticisme, Paris, De Vecchi, 1998

RENAULT, E., Sainte Thérèse d’Avila et l’expérience mystique, Seuil, coll. « Maîtres spirituel », 1970

ROBINET, I., Comprendre le Tao, Paris, Albin Michel, coll. "Spiritualités vivantes", 2002

ROBINET, I., Les commentaires du Tao Tö King jusqu’au 7ème siècle, Collège de France

ROBINET, I., Méditation taoïste, Paris, Albin Michel, coll. "Spiritualités vivantes", 1995

SABBATUCCI, D., Essai sur le mysticisme grec, Flammarion, rééd. 1982

SCANFF, C. Le, La conscience modifiée

SCHUON, F., Approches du phénomène religieux

SMEDT, M. de, Techniques de méditation et pratiques d’éveil, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », rééd. 1983

THICH NHAT HANH, Bouddha vivant, Christ vivant, J.-C. Lattès, 1996

VANDIER-NICOLAS, N., Le taoïsme, Puf, coll. "Mythes et religions", 1965

VANNIER, M.-A. (ss la dir. De), Les mystiques rhénans, numéro spécial de la Revue des sciences religieuses, Strasbourg, 1996, vol.70, n°1

WALDENFELS, H., La méditation en Orient et en Occident, Seuil, 1975

WATTS, A., Amour et connaissance, Ed. Denoël / Gonthier, 1958

WATTS, A., L’Esprit zen, Dangles, coll. « Horizons spirituels », 1976

WATTS, A., Quelques part dans les nuages, à une adresse inconnue, Stock, 1979

ZUM BRUNN et LIBERA (ss la dir de), Voici Maître Eckhart, Textes et études, Grenoble, Jérôme Million, 1994

Par Jahman
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Samedi 25 février 2006

Quels sont les principes de la voie mystique ?

Le chemin à suivre est en fait une ligne de crête, un fil tendu le long de deux précipices.

Il ne s’agit pas de maintenir tant bien que mal des opposés, des contraires, ou des méthodes antithétiques, qui s’excluent l’une l’autre. Il ne s’agit pas de concilier harmonieusement, de tolérer, des principes qui n’adhèrent pas absolument au tempérament mystique.

Bien au contraire, il faut révolutionner l’approche expérimentale de la voie mystique. En laissant de côté tous nos a priori, tous nos modes habituels de penser et de sentir, de voir et de juger, d’analyser, de comprendre. C’est qu’en effet, le mode d’être au monde mystique n’est pas mû par les mêmes principes, le même moteur que l’existence ordinaire. C’est donc un travail permanent, incessant où sans cesse il faut se reprendre en main, mais certainement de manière autoritaire : il faut laisser tomber le pouvoir, la violence qui lui est inhérente, tant au niveau intellectuel que physique. C’est à un regard bienveillant auquel je pense, une sorte d’attention portée sur le monde et sur soi-même d’où est absent le moi-je centralisateur, le pouvoir central. C’est attention n’est pas une intention, elle est libre, fluide, jamais fixée ou dirigée, rien ne la retient. C’est avec la bienveillance de ce regard, la douceur et l’amour que l’on se porte au-dedans et au-dehors de soi – simultanément. C’est dans ce double regard que s’abolit la dualité intellectuelle, formulée et déployée par l’esprit. La voie mystique nous invite à une plus ferme maîtrise de l’esprit, des fonctions intellectuelles et d’une manière générale cognitives. Cette maîtrise, encore une fois, n’est pas autoritaire et dirigée, mais comme un relâchement, un « lâchez-prise », un abandon au flux cosmique (Tao), au temps qui emporte tout (devenir), et – en dernière instance – à soi-même. S’abandonner soi-même ou mourir à soi-même, revient à se défocaliser de son centre, à recourir au regard discriminateur de Khrisnamurti, à éprouver l’humilité. Il ne s’agit plus de prendre, de s’accaparer, de posséder personnellement le réel, l’autre, une histoire. Il nous faut donc s’abstraire de tous nos systèmes de conditionnement en réalisant le silence en soi pour libérer la qualité de l’écoute ; ainsi, on peut se replacer dans un cosmos, au sein du Tao, de l’Un-Tout, de la Vie, de Dieu.

Il s’agit ensuite de faire confiance, ou plutôt d’avoir la foi, pour aller de l’avant, se porter vers. Cela permet de cesser de résister, de lever les contractions et les contradictions, pour se diriger vers le Simple, pour rentrer en sa source, le fond sans fond de la subjectivité où tous les contraires sont abolis, l’Urgrund. C’est une sorte de non-agir, de wu-wei qui libère, déprend et confère au regard, à l’attention une sorte de neutralité bienveillante où le sujet se sait agit et placé / intégré au sein d’un Tout qui le transcende.

C’est à cette recherche de transcendance, ce désir de voir Dieu, cette volonté de re-faire l’expérience de l’extase mystique qui aura tendance à bloquer le déroulement de la mutation, transformation de l’être. Ceci montre que rien n'est acquis et que la voie ne mène nulle part. C’est-à-dire que le but atteint, n’est pas celui rechercher ; il faut continuer, poursuivre sans tenir compte des « grâces divines », qui ne sont que des effets, des conséquences. Il ne faut pas s’y attacher puisque, comme tous plaisirs et toutes douleurs, l’attachement à tous les biens finis n’est qu’illusion. C’est à un détachement de la finitude que convie la voie mystique. C’est pour cela qu’elle semble bien souvent paradoxale, ambiguë et difficile à saisir par la conscience ordinaire. Cette conscience ordinaire, le mystique doit appliquer sa volonté à l’arracher de ses conditionnements afin de s’abandonner complètement à elle. C’est par ce processus que la conscience – habituelle, ordinaire – se transforme miraculeusement en une conscience cosmique, infinie, divine. Dieu se donne à l’homme par la grâce, c’est-à-dire que la conscience originelle, soi-même Un avec l’Identique, se découvre derrière la conscience ordinaire ; et ce n’est pas cette dernière qui fait le mouvement, l’acte. Si les deux consciences sont en réalité la même (atman-brahman), la conscience ordinaire, première dans notre expérience vécue, prenant conscience de sa non-réalité, ralenti progressivement sont activité, son emprise, son amplitude et libère ainsi de l’espace-temps, de l’énergie. C’est la première étape, la voie négative qui purifie le corps et l’esprit et donne à la volonté toute sa force pour qu’elle s’applique à suivre la voie, à poursuivre sans défaillir, à chaque instant. C’est un combat de tous les jours. C’est seulement après cette purification, cette déprise du milieu, des habitudes, des conditionnements ; c’est seulement après ce retrait que l’on s’expose sans peur à la transcendance, à l’infini. Le retrait de soi-même permet de s’exposer à l’autre avec toute l’humilité et le courage que cela requiert. C’est par-là que débute la réintégration des contraires, l’unitas complexus, la coincidentia oppositorum…. Il s’agit d’appliquer deux forces antagonistes l’une contre l’autre pour les dépasser toutes deux ; ce processus est tout différent de la dialectique même si en apparence il y ressemble. Porter par son élan, dans son ascension, par sa foi, sa volonté, son désir et son amour, rien ne peut y résister. Tout lâche, non plus sous la pression et la violence des rapports mais sous la douceur et la simplicité de l’amour divin.

L’extase mystique en elle-même qui n’est pas un état définitif, bien qu’il soi à rechercher le plus souvent possible afin de s’y pénétrer, n’est pas une fin en soi, ce ne doit pas être la préoccupation du mystique. Son désintéressement positif à l’égard de toutes les choses finies, le porte à se placer sur un autre plan d’existence, à regarder vers un ailleurs qui est au fond de soi-même. Il ne s’agit de nostalgie d’un paradis perdu, mais la joie d’exister ici et maintenant pour autre chose que soi-même. L’infini et l’éternité sont les expressions de la transcendance pour nous – êtres finis. Perdre connaissances, croyances, pensées, passé/histoire, jusqu’à se perdre soi-même, cela revient à dire être plongée dans les ténèbres, s’oublier dans le silence de soi, n’être rien, faire l’expérience du néant. Ce n’est pas là quelque chose de connoté négativement, mais la véritable origine de l’être même si ici nous voyons que le néant est une force qui va contre la vie, en réalité le néant est ce qui donne la vie à la vie. Le Néant et la Vie sont une seule et même chose, qui, par les mouvements réciproques et antagonistes, se produisent, se créent l’un l’autre en perpétuant ainsi le mouvement / le temps. Dans ce temps qui ne cesse de se résorber tout en s’accroissant, d’être en expansion en même temps qu’en rétraction sur lui-même, on voit l’inséparabilité de ces deux notions. De plus, c’est dans et par leurs rapports mutuels que l’énergie, le potentiel, le possible, la créativité, existe toujours et à jamais. C’est par ce même rapport infiniment éloigné de notre réalité que l’on découvre l’essence même de la vie – qui est néant – nous maintien dans l’existence à chaque instant et nous porte à continuer. Rien de plus, c’est juste ce qu’on nomme l’amour.

La voie mystique se confond avec celle de l’amour, la mystique est l’amour, le sujet mystique doit se transformer en être-amour. Au sujet qui se pose en s’opposant, qui n’existe que contre, en opposition à un autre ; l’être mystique, qui suit la voie de l’amour, de l’identité, n’exclut plus, n’oppose plus mais intègre. Le mystique, sachant qu’il est néant, essence et source de tout ce qui est, ne distingue plus par rapport à un sujet possessif et égoïste. Il ne désire plus ceci ou cela car il a tout. Etant lui-même vide à l’intérieur, rejetant tout le fini, retranchant tout l’empirico-rationnel, il se porte donc au-delà dans une extase qui transcende tous ses modes habituels d’être-au-monde, tous ses sens et ses facultés. En cela, il n’est plus lui-même, mais cela ne veut pas dire qu’il est possédé, ni même qu’il a laissé tomber une identité pour une autre, qu’il s’est construit une autre personnalité tout aussi illusoire, encore moins qu’il soit instable, indécis entre deux types d’être-au-monde ; tout ceci n’est qu’apparence, sans importance et illusion. Le mystique est au niveau de l’éternité, de l’infini, de la Totalité / pureté. Il se trouve donc nulle part, il n’est plus positionner comme le commun des mortels dans sa conscience qui dépend d’un environnement extérieur, d’aliénations et autres conditionnements psychiques inconscients. Il n’est plus arrêté par aucune limite de conscience personnelle, ses multiples personnalités sont intégrées dans un tout sans forme, une force de cohésion qui n’est autre que l’amour alors que les multiples personnalités de la conscience ordinaire, parce qu’elles sont dirigées par une intention, une volonté ou un pouvoir du moi, sont antagonistes, en rapport de force, de domination, perpétuel.

Ce n’est pas soi-même qu’il faut changer en se faisant violence mais ce que l’on fait et ce que l’on pense, ou plutôt la façon dont on fait et dont on pense. Le moi-je deviendra le Soi par lui-même, sans qu’on y prenne garde parce qu’on aura relâcher nos défenses et qu’on aura modifié notre regard, la façon dont on est au monde. Et c’est en intégrant, non pas en excluant ; c’est aussi en accueillant, en s’ouvrant et en donnant, et non pas en se fermant, en rejetant et en prenant, en voulant avoir, en possédant, que l’on suit la voie mystique. C’est en se dépouillant de tout, en se déchargeant de tout que l’on devient libre, libre de recevoir et de donner. En étant rien, néant, pauvre, on ne peut être qu’heureux car plein de tout ce qui existe – puisqu’on est plus rien. Et ceci est éminemment positif, malgré la couleur des mots. C’est le vécu concret d’un tel vide qui ouvre la voie – soi-même – à la venue de Dieu. Le néant en soi est alors ce qui permet à l’amour de nous prendre. Car c’est bien l’amour qui s’accapare l’être pauvre, vide, silencieux à l’intérieur. Plus rien à perdre, plus rien à craindre, pur de cœur et d’esprit, le mystique se sent comme avalé par une vague brûlante de désir ardent qui le consume et c’est avec « plaisir » que l’être se fond en cette sensation de pur amour. En se confondant, en étant plus qu’un seul et même désir, un unique regard, en devenant identique à soi-même, le moi cesse d’être moi ; le moi change de qualité, mais de manière transcendante, divine, et devient Soi.

C’est pourquoi on peut dire que la voie mystique est un chemin de crête et que le mystique est ce chemin, il fait ce chemin ; le chemin en lui-même n’existe pas ; il prend forme et réalité qu’en étant arpenté par le mystique. Entre deux, tout le temps, la navigation est rude et dangereuse, c’est le défi que l’homme doit relever, le seul, certainement, qui vaille la peine d’être vécu. Quel autre sens donner à la vie sinon ? Le bonheur n’existe pas, nous sommes de toutes manières imparfaits et condamnés à mourir, très souvent nous ne voyons dans ce monde que malheur et souffrance, très rarement la joie. Et pourtant cette joie seule est vraie, rien ne devrait venir empêcher notre joie de s’exprimer. Comment peut-on être tombé dans cet état de conscience qui nous pousse à tout contredire, à tout rejeter sur l’autre, à se fermer à l’altérité, à la transcendance ; comme si un sort maléfique nous avait été jeté pour que l’on voit tout de travers, avec un regard biaisé. Le mal et le bien n’existent pas, seul l’amour est, ce désir, cette énergie qui maintient en cohésion, en unité le multiple. Voilà pour la vie face contraire du néant. Yin et yang. Ouvrons nos centres d’énergie, développons notre potentiel, abandonnons-nous à notre identité réelle, à ce que nous sommes, sans crainte, sans haines, sans violence mais avec joie et en douceur. En libérant nos énergies latentes, du corps et de l’esprit, c’est le flux vital du yin et du yang qui retrouve une circulation harmonieuse. Là commence la durée d’un état certainement moins intense que l’extase mais qui procède du même mouvement, qui possède les mêmes principes.

C’est donc à un renversement total de nos façons et de nos modes, de l’utilisation de nos facultés, à un redéploiement de nos énergies, à un apprentissage de nos sens, à une écoute libérée (attention), bref à une inversion des pôles de notre être, et notamment à une totale refonte de notre système de pensée, du processus cognitif, que l’ouvrage du mystique s’intéresse. Et ce renversement est sensible à tous les niveaux, du microcosme au macrocosme.

Par Jahman
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Jeudi 27 avril 2006

LA MYSTIQUE, UN MATERIALISME RADICAL

On taxe souvent la mystique de spiritualisme, d’idéalisme, de subjectivisme, de piétisme ou encore de pathologie névrotique. Mais, les études sérieuses sur la mystique l’envisage toujours comme un aspect de la culture, comme une création humaine, un mode d’appréhension de la réalité déterminée par les affects et la culture. Pourquoi ne pas envisager la mystique comme une science, l’étudier d’un point de vue logique, scientifique.

 

La mystique est un matérialisme radical. Voici la thèse que l’on propose de défendre. Pour cela nous partirons de présupposés « scientifiques », matérialistes, physiques.

 

Si on regarde la matière inanimée, nous constatons qu’elle s’organise selon des lois physiques, celles de l’univers. Les forces d’attraction, de gravitation et autres conditionnent la matière. Ainsi, les éléments physiques les plus simples – ainsi les particules – et même composés – ainsi l’atome – tombent sous l’emprise de ces forces et sont totalement régis par elles. La matière s’organisent selon des lois bien établies, même s’il existe un indéterminé, un angle mort, un hasard, un incalculable, un imprévisible. A l’inverse la matière vivante possède un moteur interne[1] qui lui permet d’agir, bien que cette capacité à l’action soit plus ou moins limitée, encadrée. Plus on s’élève dans l’ordre du vivant vers un maximum de complexité connu avec l’humain, plus cette capacité à l’action est libre, autonome. Ainsi la matière animée, vivante, gagne en liberté par rapport à la matière inanimée, morte. La capacité à l’action, à la réaction surtout, va de paire avec la liberté, l’autonomie. Bien que le choix soit plus ou moins conditionné par un ensemble de facteurs (par exemple le milieu), il existe néanmoins. La vie, la matière en tant qu’elle est animée, se détache de plus en plus, selon son degré de complexité (d’évolution), des lois physiques, mathématiques qui régissent l’univers. Ainsi l’homme se détache de la nature en « créant » la culture. Bien que simplifiée, je pense que cette explication n’en est pas moins valide. La matière vivante gagne en capacité d’action, en possibilité d’évolution et d’organisation (de mode d’être et d’agir), en autonomie, en liberté et, finalement, en volonté personnelle.

 

Or, c’est justement cette volonté personnelle que la mystique tient à rendre identique à la volonté de Dieu, autrement dit aux lois de la physique, à l’ordre de l’univers. Selon nous, donc, la mystique se fixe pour objectif de rendre l’homme identique à une pierre, de faire que la matière vivante, avec toutes ses capacités d’action, ses possibilités d’autonomie, de liberté et de volonté, se conforme à la matière morte, inanimée, à la « matière pure ». Gardant ses capacités et possibilités, l’homme, en tant que matière vivante la plus complexe – c’est-à-dire la plus volitive, puissante, autonome, libre – est appelé à ne pas s’en servir, à ne pas en user afin de ne pas dévier de l’ordre universel, de ne pas s’opposer aux lois de la physique. Et cette soumission à l’ordre et aux lois de l’univers n’est pas un refus d’émancipation, d’autonomie, de liberté, etc. La mystique ne désire pas faire de l’homme un animal soumis à ses instincts et à ses besoins les plus bas (selon qu’on l’envisage du point de vue culturel). Bien au contraire, ce renoncement à ses possibilités, à ses capacités, à son pouvoir et à sa volonté donne à l’homme la Possibilité, la Capacité, le Pouvoir, la Volonté, la Liberté suprême, celle de Dieu, car ainsi l’homme est Un… avec Dieu. L’homme est l’Univers[2] ; l’homme est la Matière pure. La mystique se propose de redonner à l’homme son intimité originelle, lui qui s’est séparé, par toutes ses capacités et possibilités et puissances, de l’ordre fondamental. En délaissant tout cela, l’homme retourne au plus près de l’ordre cosmique, des lois physiques, des éléments les plus simples de la matière, dans l’intimité originelle ; l’homme retourne au fondement de l’univers, au commencement de la création, dans cet instant unique et éternel dans lequel Dieu créa en un seul acte l’univers. Car l’homme s’extériorise, s’éloigne, se sépare toujours davantage des fondements de l’univers, du cœur de la matière là même où la mystique lui propose de s’intérioriser, de s’unifier, de retourner à l’origine…de la matière, de l’univers.

 

Ainsi, la mystique nous apparaît comme un matérialisme radical. De plus, loin d’être un idéalisme, il nous semble qu’elle est un réalisme – ou plutôt un réelisme – car tout son discours consiste à exhorter l’individu à se détacher de ses illusions, à se dépouiller de ce qu’il n’est pas pour qu’ainsi se révèle d’elle-même la Présence du Réel, la plénitude de l’être, la substance même de l’univers, la création en son origine atemporelle. Dit autrement, la mystique renvoie à l’instant d’avant le Big Bang, là même où la connaissance scientifique peine à atteindre les premiers commencements après le Big Bang (car cette connaissance est toute extérieure, « objective »). Là où la connaissance scientifique demeure emprisonnée dans le temps, la mystique s’en libère et se porte au-delà du temps et de l’espace, dans le Réel-Un sans rien d’ajouter de subjectif ni d’objectif. Bref, la mystique, c’est la voie qui permet le passage du relatif à l’Absolu, de l’idéalisme au réelisme.

 

Pris en son sens « ontologique », logique, la matérialisme réeliste de la mystique peut se permettre une critique de tous les autres pseudo-matérialismes : matérialisme cognitif de l’état central, de l’identité, etc. car ces études matérialistes s’élaborent à partir de présupposés d’ordre culturel. La véritable connaissance scientifique exige un retour sur soi et une ascèse cognitive : on ne pense pas les premiers principes comme on pense avec sa raison pratique, dialectique, synthétique, discursive. Ainsi la connaissance mystique ne cherche pas à trouver la vérité sur un objet quelconque ou à comprendre tel ou tel phénomène ; elle n’est pas extérieure et objective (ou subjective) mais se transforme elle-même, se purifie de tous ses modes, s’absente de son pouvoir, de sa capacité (discursive, réflexive), de sa puissance et ainsi se trouve placée d’emblée au cœur même du Réel, de la Vérité. Cette connaissance qui n’opère pas, qui n’agit pas, qui ne passe pas à l’acte, qui demeure inactive retourne ainsi à son principe illimité, éternel car Absolu-Un là même où la connaissance intellectuelle, la connaissance en acte est toujours limitée, finie, car relative et séparée, divisée d’avec le Tout-Un.



[1] Sur le plan ontologique, mais elle a également un « œil » sur le plan épistémologique.

[2] Ou plutôt, l’homme et Dieu, l’homme et l’univers n’existent plus : « il n’y a » plus que l’Un (au-delà de l’être.)

Par Jahman
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